BIZIM BAKKAL – L’épicerie a remporté un premier combat mais pas la bataille

Depuis plus de cinq mois, l’épicerie Bizim Bakkal est devenu le symbole de la lutte contre la gentrification à Berlin. Après plusieurs mois de doute et de manifestations, l’échoppe n’a finalement pas fermé ses portes et a pu prolonger son contrat d’une année supplémentaire. Malgré la décision des nouveaux propriétaires, la révolte continue.

Kreuzberg, surnommé « le petit Istanbul », est devenu le terrain de jeux d’investisseurs fortunés, depuis quelques années. Immeubles à bas prix, proximité géographique et cadre idéal font du quartier du sud-est de Berlin une proie facile pour les groupes immobiliers. Les habitations, achetées à moindre coût, se vident et se transforment en ensembles de haut standing.

Ahmet Çalışkan, propriétaire de l’épicer Bizim Bakkal (« notre magasin » en turc), n’a pas échappé au phénomène. Installée depuis 28 ans au coeur de la Wrangelstrasse, l’échoppe fut menacée de fermeture en début d’ été 2015. Avec l’aide d’un soutien populaire apporté par son « Kiez » (« quartier » en allemand), le propriétaire a décidé de reculer et d’annuler l’avis d’expulsion au début du mois de juillet 2015. La question du renouvellement du bail restait alors, elle, en suspens. Mais au 30 septembre, l’épicier s’est vu prolonger son contrat d’une année supplémentaire. Malgré cette petite victoire, la situation laisse perplexe les soutiens de Bizim Bakkal : le loyer a augmenté et le contrat ne permet pas à la famille Çalışkan d’obtenir de réelles perspectives d’avenir.

Des rendez-vous hebdomadaires

Un véritable groupe de soutien, « Bizim Kiez », s’est formé autour de la famille Çalışkan appelant le voisinage à montrer leur désaccord face à cette expulsion prévue pour le 30 septembre dernier. Tous les mercredis, pendant plusieurs mois, les habitants du quartier se sont joints aux fidèles clients devant l’enseigne pour défendre leur cause. Concerts, spectacles de danse, discussions… Les « Mittwoch Versammlungen » (« réunions du mercredi », en français) proposent de nombreux événements et ont pris de l’ampleur au fil des semaines. Après moins d’un mois, près de 600 riverains étaient venus soutenir Ahmet Çalışkan. Ces rassemblements ont rapidement pris des allures de manifestations à l’encontre des investisseurs. L’épicerie est devenue le symbole contre le phénomène de gentrification qui touche les quartiers du centre-ville.

A force de protestations, la compagnie d’investisseurs a retiré le contrat de résiliation du lieu, en juillet dernier, sans pourtant apporter des garanties d’avenir. La situation est loin de satisfaire les membres du « Bizim Kiez » et la famille Çalışkan. Malgré cette petite victoire, les perspectives de postérité restent floues. En attendant d’autres bonnes nouvelles, les rendez-vous hebdomadaires persistent et les banderoles « Bizim Bakkal reste ! », « Je suis Bizim Bakkal ! » ou encore « Bizim Bakkal reste ; nous aussi ! » flottent toujours au-dessus de la Wrangelstrasse.

« Les investisseurs devraient être plus raisonnables »

Bizim Bakkal a donc résisté et continue son activité depuis le 30 septembre, date initiale de son expulsion. Ahmet Çalışkan s’est dit soulagé mais regrette, tout de même, les conditions apportées par la société Gekko Immobilier, nouveau propriétaire de l’immeuble : « Je suis reconnaissant envers tout le voisinage. La compagnie d’investisseurs nous a autorisé à rester mais nous a imposé des conditions difficiles. Le bail de location a été étendu à un an supplémentaire mais le montant a doublé. », a-t-il précisé avant d’ajouter : « Les investisseurs devraient être plus raisonnables et nous proposer un contrat d’au moins cinq ans. Ce n’est pas garanti que, l’année prochaine, nous ne rencontrerons pas les mêmes problèmes… »
Antoine Belhassen (http://www.lepetitjournal.com/berlin)

mercredi 28 octobre 2015

l’article: http://www.lepetitjournal.com/berlin/accueil/actualite/228858-bizim-bakkal-l-epicerie-a-remporte-un-premier-combat-mais-pas-la-bataille

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